|
Hadassa, Deborah et Alice…Trois prénoms et deux destins à Outremont.
Hadassa est le titre d’un roman, mais son auteur semble plutôt être une journaliste d’investigations. Elle aurait pu intituler son texte Voyage au pays des Hassidim.
Alice, une jeune femme québécoise, francophone et catholique, est recrutée par une école juive ultra-orthodoxe pour enseigner à des filles d’une dizaine d’années les matières obligatoires du programme. Ce cours, en français, a lieu chaque après-midi, après un cours religieux en yiddish. Hadassa est l’une de ses élèves. Une complicité maternelle va naître et Alice va être initiée à certains secrets de la tradition hassidim. Deborah, la cousine de la petite, connait, au même moment, une attirance interdite à l’égard d’un non-juif. Cette trame des deux destins entrecroisés, romancée avec talent, sert un témoignage riche et des qualités d’observations rares sur une communauté peu connue. Ce livre est presque une étude anthropologique sur les comportements et valeurs d’un groupe particulier et très minoritaire de la communauté juive de Montréal. Il est sans doute regrettable que ce ne soit pas précisé. D’ailleurs l’auteur prend bien le soin de l’indiquer : « Tu travailles chez les Juifs. Mais tu n’es pas juive ! Non bien sûr que non », sans expliquer qu’il ne s’agit que des Hassidim. Voici quelques extraits du roman qui illustrent les règles de vie de ce ghetto : « I am hassidic and we do not mix » - « Il était interdit aux professeures (chrétiennes !) engagées par le gouvernement de discuter en classe de la passion, de la reproduction, des média, d’actualité, des programmes télévisés, des croyances religieuses, des films et des chanteurs, de la violence ou du drame, de la mort… » - « Les non-juifs ne peuvent pas toucher aux juifs, surtout pas avec les mains » - « Oui les goyim, les hommes pas juifs, ils kidnappent les enfants comme nous. Ma mère l‘a dit c’est pourquoi on se promène jamais seule » - « La liberté, c’est une statue, madame » - « On n’aborde jamais une femme non accompagnée de son époux » - « Elle termina sa prière en louant Dieu de l’avoir crée selon son désir (de son époux) » - « Une femme trop instruite n’est pas une bonne affaire » - « Plus tard, à 17 ou 18 ans, mes anciennes élèves quitteraient l’école parce que leurs mamans choisiraient pour elles des maris avec lesquels elles passeraient leur vie dans le quartier d’arbres bicentenaires et de résidences en briques rouges, discrètement gardées par le fil de l’éruv » - « La femme, découvre, explore ce que c’est d’être dévisagée par un homme.» «Nous on doit donner aux bébés le nom de ceux qui sont morts déjà.» Myriam Beaudoin publie, ici, son second roman. Le premier, Un Petit Bruit Sec, se déroulait en Afrique. Fille de diplomate, elle applique, à son récit romancé, les techniques d’observation utilisées au cours de ses voyages. Elle reconnaît d’ailleurs s’être sentie étrangère dans son propre pays. Son analyse crée un malaise. Elle exprime de la sympathie et de bons sentiments pour des pratiques qu’elle observe de façon condescendante. De plus, elle généralise ses observations à tous les Juifs. Les valeurs de l’Occident ne sont-elles portées que par les Chrétiens ? Son propos, qui se veut honnête, est réducteur. Il existe différentes façons de pratiquer le judaïsme et ils ne sont pas tous antisociaux ou contre les notions de liberté ou d’égalité entre l’homme et la femme. Le public non averti a fâcheusement tendance à les assimiler au comportement des plus voyants d’entre eux. Ce livre apporte certes quelques détails peu connus sur ce groupe dont l’origine historique, fondée sur l’antisémitisme de l’Europe Centrale, n’a pas plus de deux siècles. Mais il risque de maintenir ses lecteurs dans les aprioris bien connus à l’égard de toute la communauté. Aujourd'hui, Myriam Beaudoin enseigne le français au Collège Villa-Maria de Montréal Hadassa est publié aux éditions Leméac |