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Quel Dom Juan ce Philippe Torreton !!! Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Corinne Bénichou   

 

 

Avant tout, un grand merci à Philippe Torreton pour sa gentillesse et sa disponibilité envers l’équipe de Regards sur la ville.

torreton dom juan

 

C’est dans l’après-midi du 7 juillet dernier que l’artiste est arrivé à Perpignan dans le cadre d’une conférence de presse dont le thème portait sur la modernité de Molière dans ses propos et dans sa mise en scène principalement centré sur Dom juan que Philippe Torreton présentait le soir même.

 

« Je ne me suis pas posé la question sur l’évidence de jouer du Molière. Je ne me pose pas non plus la question, à savoir si celui-ci est classique ou non. Il y a des pièces modernes qui sont beaucoup moins pertinentes à monter. Pour moi, la vraie question est : Comment faire en sorte que la langue ne soit pas une barrière, un frein à l’écoute, à la compréhension, car il y a des expressions qui ne s’emploient plus, qui ont même changé de sens parfois et des mots qui n’existent plus dans le français d’aujourd’hui ! L’important, c’est l’idée que véhiculent ces pièces et comment bien les transmettre ? »

Le soir venu, dès 22 heures, les lumières s’éteignent et le spectacle peut commencer. Fidèle à ses paroles, il dévoile une mise en scène dépouillée basée sur le texte et non sur les actions des personnages. « Molière parle des hommes et de leurs travers, d’une certaine forme de médiocrité et d’un certain manque d’intelligence. Souvent, il pousse un trait de caractère très loin jusqu’au défaut, à la caricature quelquefois et il montre les dégâts que ça engendre autour de cette personne ! » Fondamentalement actuel !!! Plus de trois siècles et pas une ride… « A trop vouloir faire contemporain, on perd la valeur des mots, il n’y a aucune obligation à inclure de l’innovation dans des pièces dites classiques ». L’exemple typique en est la mise en scène de Charles Berling pour son Hamlet, présenté à Montréal en 2005, le fait d’avoir un frigo et tout un bric à braque sur scène n’ajoutent en rien du modernisme à l’écrit initial, bien au contraire ! D’ailleurs, pour étayer ses dires, l’acteur apparaît  maquillé et habillé tout de blanc, sa chemise ornée de rubans rouges, chaussé de souliers dorés et coiffé d’une perruque poudrée comme il se devait de l’être sous le règne du Roi Soleil. Plus que réaliste, Jean-Baptiste Poquelin, à n’en pas douter, était un avant-gardiste. « Il existait déjà au 17e siècle, un courant laïque, certaines personnes se sentaient sans croyance et refusaient déjà le pouvoir ecclésiastique ». Il en fait le parallèle avec la politique d’aujourd’hui « Bourrer le crâne des citoyens d’informations boursières pour les tenir dans la peur, équivaut au saint Sacrement de cette période. »

 

Dans la mise en scène de Torreton, certains personnages sont présentés de façon particulière comme monsieur Dimanche portant des vêtements de commerçant de confession juive de l’époque (grand chapeau à fourrure, habit noir et bas blancs) qui ont, aujourd’hui, les connotations physiques de certains rabbins ou de religieux issus des pays de l’Est. Quant à Dona Elvire, avant d’aller s’enfermer dans un couvent, elle revêt un voile noir, qui plié d’une certaine façon donne l’aspect du voile islamique. « J’ai voulu représenter les trois grandes monothéistes. Dom Juan n’a pas de problème avec la conviction religieuse, il a un problème avec les hommes » et d’ajouter « Quand le sage regarde la lune, l’imbécile regarde le doigt », d’où cette mise en scène, évoquant que les religions produisent le même carcan. « Il y a encore dans certains pays, beaucoup trop à mon goût, la religion qui pèse sur l’individu et son devenir, sur les choix qu’il peut ou veut faire ».

La tirade de l’hypocrisie semble incongrue et sortie de nulle part « A aucun moment, l’attitude de Dom Juan ne laisse présager cette introspection sur les gens bien-pensants qui profitent de tout, comme Molière en son temps s’est servi de Tartuffe pour répondre à la censure ». Pourtant c’est la suite logique au changement d’humeur et de ton de la seconde partie. « L’homme sent sa fin proche, l’étau se resserre, il a la volonté de ne pas mourir sans parler. Ce qui me touche chez Molière, c’est sa quête d’existence. Avec les obstacles économiques, politiques et religieux de l’époque, il a réussi à s’exprimer malgré tout ! »

Parlons un peu cinéma, comment les rôles sont-ils choisis ? « Je ne le fais pas de façon élitiste,  j’aime que ça parle à ma conscience politique, sociale ou émotionnelle et j’ai l’avantage de pouvoir encore dire non à un projet lorsqu’il ne m’accroche pas ». Monsieur N d’Antoine de Caunes est un film important pour Philippe Torreton « le rôle avait un côté ludique que j’ai aimé interpréter. Cette particularité a été appréciée par les Anglo-saxons et par les Français, mais de manière différente ! » Le théâtre c’est être et le cinéma c’est avoir été  selon Louis Jouvet. L’artiste n’est pas tout à fait d’accord avec ces propos « Au moment où l’on tourne, on est dans un état de créativité et, même si ce n’est pas comme au théâtre, il y a quand même un public (les autres comédiens, les techniciens, le réalisateur…) et quand une scène est réussie, instantanément, les personnes applaudissent ! »

Outre le fait d’être un acteur/metteur en scène de talent et de conviciton, l’homme engagé, qu’il est au quotidien, est en charge depuis peu de trois postes dans le 9e arrondissement de Paris : Initiative culturelle, citoyenneté et lutte contre la discrimination. « J’ai une profonde envie d’aller de plus en plus loin dans le concret, sans abandonner pour autant mon métier. C’est un peu compliqué à gérer mais je m’attelle à faire à fond le travail politique pour lequel je suis rémunéré ». Il essaie, à son niveau, de faire évoluer les choses comme dans les écoles/collèges « Les élèves élisent deux des leurs en tant que délégués citoyens. Ces derniers peuvent donc assister au conseil municipal, rencontrer et contacter facilement les élus tels que le maire du quartier, le commissaire de police, et le préfet ». Bonne initiative.

En août, il sera à Ramatuelle à la demande de Michel Boujenah qui est fou de joie de le recevoir, lui qui connaît bien Dom Juan pour avoir interprété Sganarelle aux côtés de Gérard Desarthe en 1990 au Palais de Chaillot à Paris.

Quant aux projets, ils vont d’abord vers le théâtre avec Oncle Vania. « Jean-Pierre Bacri interprétera Vania. J’ai aussi en tête de monter En attendant Godot avec Hans Peter Klaus » puis, il tournera un téléfilm qui a pour titre la Reine et le cardinal et qui sera diffusée sur France 2. A la télévision toujours, le projet d’un film sur Picasso dont l’adaptation est de Marc Rivière.

C’est donc un rendez-vous sur les planches et au petit écran pour l’automne, au plus tard à l’hiver.  

Important : Depuis cette entrevue, Didier Bénureau a remplacé Jean-Pierre Bacri. 

 
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